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Zoom sur l’hypoparathyroïdie

L'hypoparathyroïdie est une maladie due à l'absence ou l’insuffisance de sécrétion d'hormone parathyroïdienne (PTH). Cette biomolécule est synthétisée par les 4 glandes parathyroïdiennes. Normalement, lorsque le niveau de calcium (calcémie) dans le sang baisse, la PTH, sécrétée en quantité suffisante, stimule la libération de calcium de l'os, augmente la conservation rénale de calcium et favorise l’activation de la vitamine D (calcitriol) par les reins, augmentant ainsi la réabsorption intestinale de calcium. Ces actions vont permettre le retour de la calcémie à la normale. Lorsque la sécrétion d’hormone parathyroïdienne est insuffisante, ceci n’a pas lieu et la calcémie reste basse.

Les principaux symptômes de l’hypoparathyroïdie sont des spasmes musculaires, des crampes, la tétanie, des engourdissements, des convulsions, un laryngospasme, une irritabilité neuromusculaire, une déficience cognitive, des troubles de la personnalité et des troubles du rythme cardiaque. Ils sont variables d’un sujet à l’autre dans leur association et leur intensité et, chez un même sujet, au cours du temps (par exemple en fonction de l’efficacité des traitements).

Figure 2 : Mécanismes de régulation de la concentration du calcium par la glande parathyroïdienne

 

La cause la plus courante d’une hypoparathyroïdie chez l’adulte est une ablation partielle ou totale des glandes parathyroïdes lors d'une chirurgie du cou (thyroïdectomie ou ablation d’une tumeur, par exemple) ; les causes auto-immunes et génétiques sont identifiées chez les enfants principalement. Une variété particulière de forme génétique est l’hypocalcémie autosomique dominante (ADH, pour autosomal dominant hypocalcemia chez les Anglo-saxons). Cette maladie peut être due à une anomalie de 2 gènes : le gène CASR (ADH de type 1) et le gène GNA11 (ADH de type 2). Quand elle est présente dans une famille, elle se transmet de génération en génération et atteint en moyenne 1 sujet sur 2, autant les filles que les garçons. Le type 1 est le moins rare.

L’hypoparathyroidie est caractérisée par une insuffisance de fabrication et de sécrétion de PTH (totale ou partielle), une hypocalcémie, des taux sanguins de PTH allant d'indétectable à modérément bas et, souvent, une excrétion excessive de calcium dans l’urine ; elle se complique souvent de calcification des reins (néphrocalcinose), de calculs rénaux voire d’insuffisance rénale.

Le diagnostic de l’hypoparathyroïdie

Le diagnostic est suspecté en fonction des manifestations cliniques et confirmé à la suite de la mesure du calcium dans le sang : lorsque la calcémie est inférieure à 84-88 mg/L (selon les laboratoires), l’hypocalcémie est confirmée. D’autres analyses (phosphate, magnésium, calciurie, créatininémie, …) peuvent être réalisées afin d’améliorer la prise en charge du patient. Un dosage de PTH à une valeur insuffisante conduit au diagnostic d’hypoparathyroïdie. Dans le cadre d’une maladie autosomique dominante, le diagnostic d’une forme génétique est confirmé par le séquençage des gènes CASR et GNA11.

Prise en charge de de l’hypoparathyroïdie

Prise en charge standard

La prise en charge conventionnelle repose sur une supplémentation en calcium ou en vitamine D active (en utilisant le calcitriol ou l’alphacalcidol), ou une combinaison des deux. Le traitement vise à augmenter l’absorption intestinale du calcium pour augmenter les concentrations dans le sang.

Sur le long terme, l’objectif est de prévenir l’apparition des symptômes de l’hypocalcémie et réduire le risque de complications. Le traitement est ajusté pour atteindre une concentration sérique en calcium qui permette de faire disparaître les symptômes (souvent entre 80 et 88 mg/l et des quantités normales de calcium dans l'urine. Les patients ont souvent besoin d'un minimum de 1g de calcium minéral répartis tout au long de la journée. Dans certaines formes aigues l’injection intraveineuse de gluconate de calcium est nécessaire.

 

Analogue de l’hormone parathyroïdienne

La supplémentation en vitamine D et en calcium peut restaurer le taux de calcium dans le sang, mais elle ne restaure pas les autres actions de la PTH, comme le remodelage osseux ou la réabsorption rénale du calcium. De plus, le traitement conventionnel peut entraîner un excès de calcium dans l’urine (hypercalciurie), ce qui augmente le risque de développer une néphrocalcinose et des calculs rénaux. Comme alternative à la thérapie conventionnelle, l’utilisation des analogues de la PTH comme rhPTH(1-34), fragment N-terminal de l’hormone parathyroïdienne comportant 34 acides aminés, a été proposée dans des essais cliniques.

Figure 3 : Structure chimique de la rPTH(1-34)


Références

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